western
Le western est un genre cinématographique dont
l'action se situe en Amérique du Nord lors de la conquête de
l'Ouest. Il se situe dans le registre du film historique, bien qu'il
appartienne au domaine de la fiction.
Cet article décrit également comment ce genre
influença la bande dessinée.
Sommaire
1 Au cinéma
1.1 Curiosité
1.2 Origines et mythe
1.3 Quelques westerns célèbres
1.3.1 Les classiques
1.3.2 Les spaghetti
1.3.3 Les tentatives de retour
1.3.4 Les "fossoyeurs"
2 Bandes dessinées
Au
cinéma
Le paysage typique du western : Monument
Valley
Apparu dès les premières années du cinéma muet,
le western, genre essentiellement lié au cinéma américain, est à son
apogée des années 1930 aux années 1960, dates entre lesquelles la
très grande majorité d'entre eux ont été produits. Si nombre de
westerns sont alors confiés à des réalisateurs de "séries B" (Budd
Boetticher, Ray Enright, Samuel Fuller...), plusieurs grands noms de
l'histoire du cinéma s'y illustrent : Robert Aldrich, Michael
Curtiz, Cecil Blount De Mille, Edward Dmytryk, John Ford, Howard
Hawks, Fritz Lang, Anthony Mann, Nicholas Ray, King Vidor, Raoul
Walsh, William Wellman..., donnant au genre ses lettres de
noblesse.
Dans les années 1960, le genre perd de la
vitesse aux États-Unis, les grandes productions, en dépit de budgets
de plus en plus importants, ne parvenant à enrayer le déclin. Le
renouveau du western vient alors paradoxalement d'Europe, avec le
réalisateur italien Sergio Leone qui lui insuffle une nouvelle
jeunesse avec ce qui deviendra le western spaghetti. Faisant la
synthèse d'influences multiples (les truands caricaturaux viennent
tout droit de la série B américaine, comme par exemple Sept hommes à
abattre de Budd Boetticher, la théâtralisation des situations porte
la marque des films d'Akira Kurosawa, Sergio Leone pillant le
scénario de Yojimbo pour réaliser l'un de ses premiers films : Pour
une poignée de dollars, 1964, sans le mentionner au générique, ce
qui déclencha un mini-scandale au Festival de Cannes) le réalisateur
italien établit les codes et usages de cette sous-catégorie en
réalisant quelques uns des meilleurs films du genre, bientôt dévoyé
dans de multiples productions vite oubliées. Le "western spaghetti"
divise les spectateurs, entre ceux qui en louent le comique
grinçant, et les zélateurs du western américain pour qui il n'est
qu'une médiocre parodie.
D'autres productions européennes (en Espagne, en
Tchécoslovaquie, en France même où l'on vit Fernandel à cheval)
montrent l'universalité du western.
Aux Etats-Unis, plus récemment, des réalisateurs
comme Clint Eastwood ou Sam Peckinpah, ont réalisé des westerns dits
"crépusculaires", où l'héroïsme manichéen des premiers cow-boys a
cédé la place à des personnages ambivalents, qui s'affranchissent
sans difficulté de la frontière ténue entre le bien et le mal. Les
dernières grandes réussites du genre, Pat Garrett et Billy the Kid
de Sam Peckinpah en 1973 et Impitoyable de Clint Eastwood en 1992,
dressent paradoxalement un constat d'échec et d'impasse du
western.
Plusieurs acteurs ont connu la gloire ou tout
simplement lancé leur carrière grâce au western. On peut citer parmi
eux Gary Cooper, Henry Fonda, John Wayne, James Stewart, Randolph
Scott, Clint Eastwood ou Kevin Costner. Certains, comme Karl Malden
ou Lee Marvin y incarnèrent avec succès de sordides crapules.
On reproche souvent au western de propager une
vision blanche de l'Amérique. Dans les films des premières
décennies, en effet, les Amérindiens sont le plus souvent
représentés de façon caricaturale, comme des êtres cruels et sans
intelligence dont le bon cow-boy doit se débarrasser. Par son
manichéisme, le genre a longtemps servi de justification au génocide
des Indiens d'Amérique, mais, dès 1925 avec La Race qui meurt (The
Vanishing American, de George B. Seitz), ils sont montrés comme des
victimes de la Conquète de l'Ouest. Suivront, dans les années 1950,
plusieurs westerns qui s'attachent à réhabiliter les Indiens ou
montrer les difficultés d'"amours mixtes" : Au-delà du Missouri de
William Wellman, La Flèche brisée de Delmer Daves et La Porte du
diable d'Anthony Mann, tous sortis en 1950 sont les précurseurs de
films qui s'avèrent progressivement de plus en plus engagés en
faveur des Indiens, comme La Dernière chasse de Richard Brooks
(1955), les Cheyennes de John Ford en 1964, Soldat bleu de James
Nelson, en 1970, Little Big Man d'Arthur Penn, jusqu'à Danse avec
les loups de Kevin Costner en 1990. Ces films portent aussi la
marque d'un panthéisme parfois naïf, mais souvent lyrique et inspiré
(Jeremiah Johnson de Sidney Pollack, 1972), qui est ausi un des
éléments fondateurs du mythe, celui de la difficile osmose entre
l'homme et la nature (La Captive aux yeux clairs, d'Howard Hawks,
1952).
Le manichéisme apparent est souvent
l'articulation de l'action (le bon shérif contre les bandits, les
cultivateurs contre les éleveurs, les gens de la ville contre ceux
du cru, l'homme de loi contre le shérif véreux, l'armée contre les
civils, etc.), mais elle permet de ce fait de toucher à
l'universalité des situations, ce qui a contribué à populariser le
genre au-delà de son territoire d'origine. Si certains acteurs (Gary
Cooper, Henry Fonda, John Wayne) incarnent presque systématiquement
la panoplie du redresseur de torts, bien vite d'autres acteurs
endosseront un costume plus ambigu, comme Richard Widmark, Kirk
Douglas ou Joel Mac Crea. Partagé entre fascination et répulsion, le
western met aussi en scène la violence de manière ambivalente, comme
le soulignent le sadisme de Wilson (Jack Palance dans Shane et plus
encore le rapport fétichiste aux armes et à leur pouvoir
qu'entretiennent les protagonistes de Warlock (L'Homme aux colts
d'or) d'Edward Dmytryk]] (1959).
Le système du western repose essentiellement sur
le concept américain de frontier que le mot français frontière
traduit imparfaitement (la ligne-frontière correspond à boundary
alors que la frontier est la limite de l’écoumène, marquée par
l'esprit pionnier et une loi très relative). Le Far West (ouest
lointain) est considéré comme une terre aride, hostile, où la loi
n'a pas encore réussi à s'imposer. Ces idées, constitutives du
western, ont souvent été réutilisées par ailleurs au cinéma, souvent
dans le film policier (Assault de John Carpenter est le remake de
Rio Bravo d'Howard Hawks), ou de science-fiction (Outland reprend la
trame du Train sifflera trois fois), soit carrément à l'échelle
d'une série telle que Star Trek.
Enfin, il faut noter la grande perméabilité du
western aux autres genres du cinéma. Il y a ainsi des westerns
contemporains (Un homme est passé de John Sturges ou Seuls sont les
indomptés de David Miller), des westerns en forme de comédies
musicales (La Kermesse de l'Ouest de Joshua Logan), des westerns
comiques (Go West avec les Marx Brothers) ou proches du film noir :
La Fille du désert (Colorado Territory, 1949) de Raoul Walsh est le
remake de La Grande évasion (High sierra, 1949) du même réalisateur,
un des classiques du genre avec Humphrey Bogart. Pour les
réalisateurs hollywoodiens, le western constituait un passage
obligé, comme le rappelait Fritz Lang et... même pour les acteurs,
certains n'hésitant pas à passer derrière la caméra, comme Marlon
Brando avec La Vengeance aux deux visages ("One-Eyad Jacks", 1961),
John Wayne avec Alamo (1960) et, bien sûr, Clint Eastwood.
Curiosité
Giacomo Puccini a composé un opéra-western : La
Fanciulla del West.
Origines et mythe
Du Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper aux
romans de Gustave Aimard ou de Karl May, le western a d'abord des
origines littéraires. Il puise aussi dans l'histoire de l'Amérique
elle-même, glorifiant l'épopée des pionniers ou évoquant la
douloureuse Guerre de Sécession, sans négliger les Guerres
indiennes. Surtout, le western mythifie certains personnages qu'il
fait entrer dans la légende : Jesse James, Billy the Kid, Calamity
Jane, Buffalo Bill... Certains, comme Wild Bill Hickock sont encore
vivants au moment où des réalisateurs comme John Ford font leurs
débuts, transmettant ainsi leur histoire et leur expérience à ceux
qui mettront en images un West qui combine légende et réalité. A la
fin de L'Homme qui tua Liberty Valance, une phrase résume l'essence
du western : "Quand la légende devient réalité, imprimez la légende
!"
Quelques westerns célèbres

The Great Train Robbery
Les
classiques
1903 : The Great Train Robbery (le premier
western) de Edwin S. Porter.
1937 : Une aventure de Buffalo Bill (The
Plainsman) de Cecil Blount De Mille, avec Gary Cooper et Jean
Arthur.
1939 : La Chevauchée fantastique (Stagecoach) de
John Ford, avec John Wayne.
1939 : Pacific Express (Union Pacific) de Cecil
B. de Mille, avec Barbara Stanwyck.
1941 : La Charge fantastique (They died with
their boots on) de Raoul Walsh avec Errol Flynn.
1946 : La Poursuite infernale (My Darling
Clementine) de John Ford avec Henry Fonda.
1946 : Duel au soleil (Duel in the sun) de King
Vidor, avec Gregory Peck et Jennifer Jones.
1948 : La Rivière rouge d'Howard Hawks, avec
John Wayne et Montgomery Clift.
1950 : La Flèche brisée de Delmer Daves, avec
James Stewart.
1950 : Winchester '73 d'Anthony Mann, avec James
Stewart.
1950 : Les Furies (The Furies) d'Anthony Mann,
avec Barbara Stanwyck.
1951 : L'Ange des maudits (Rancho notorious) de
Fritz Lang avec Marlene Dietrich et Mel Ferrer.
1952 : L'Appât (The naked Spur) d'Anthony Mann,
avec James Stewart et Janet Leigh.
1952 : Le train sifflera trois fois (High Noon)
de Fred Zinnemann Avec Gary Cooper, Grace Kelly.
1953 : Johnny Guitare (Johnny Guitar) de
Nicholas Ray avec Joan Crawford et Sterling Hayden.
1953 : L'homme des vallées perdues (Shane), de
George Stevens, avec Alan Ladd, Jack Palance. Clint Eastwood en fit
un remake en 1985 : Pale Rider.
1954 : L'Homme de la plaine (The Man from
Laramie) d'Anthony Mann avec James Stewart, Arthur Kennedy.
1954 : Vera Cruz de Robert Aldrich, avec Burt
Lancaster et Gary Cooper.
1954 : Quatre étranges Cavaliers (Silver Lode)
d'Allan Dwan.
1954 : La Rivière sans retour d'Otto Preminger
avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum.
1955 : La Rivière de nos amours (The Indian
fighter) d'[[André de Toth), avec Kirk Douglas.
1956 : La Prisonnière du désert (The Searchers)
de John Ford avec John Wayne, Vera Miles.
1957 : Règlement de compte à OK Corral (Gunfight
at the O.K. Corral) de John Sturges avec Burt Lancaster, Kirk
Douglas, Rhonda Fleming.
1957 : Quarante Tueurs (Forty Guns) de Samuel
Fuller avec Barbara Stanwyck.
1957 : Trois heures dix pour Yuma de Demer Daves
avec Glenn Ford.
1959 : Rio Bravo de Howard Hawks avec John
Wayne, Dean Martin, Walter Brennan.
1959 : L'Homme aux colts d'or (Warlock) d'Edward
Dmytryk avec Henry Fonda, Richard Widmark, Anthony Quinn.
1960 : Les Sept Mercenaires (The Magnificent
Seven) de John Sturges avec Yul Brynner, Eli Wallach, Steve McQueen.
Remake des Sept samouraïs d'Akira Kurosawa.
1961 : L'Homme qui tua Liberty Valance de John
Ford, avec John Wayne, James Stewart, Lee Marvin.
Les
spaghetti
1964 : Pour une poignée de dollars (Per un pugno
di dollari) de Sergio Leone avec Clint Eastwood, Gian Maria Volontè.
1965 : Et pour quelques dollars de plus (Per
qualche dollaro in più) de Sergio Leone avec Clint Eastwood, Lee Van
Cleef, Gian Maria Volontè.
1966 : Le Bon, la brute et le truand (Il Buono,
il brutto, il cattivo, il (sic) de Sergio Leone avec Clint Eastwood,
Eli Wallach, Lee Van Cleef
1966 : Django de Sergio Corbucci avec Franco
Nero
1968 : Le Grand Silence (Il Grande silenzio) de
Sergio Corbucci avec Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski
1969 : Il était une fois dans l'Ouest (Once upon
a time in the West) de Sergio Leone avec Charles Bronson, Henry
Fonda, Claudia Cardinale, Jason Robards.
1973 : Mon nom est personne (Mio nome é nessuno)
de Tonino Valerii et Sergio Leone avec Henry Fonda, Terence Hill
Les tentatives de retour
1985 : Silverado de Lawrence Kasdan avec Kevin
Costner, Kevin Kline, Scott Glenn, Danny Glover, Jeff Goldblum,
Rosanna Arquette.
1995 : Mort ou vif (The Quick and the Dead) avec
Sharon Stone et Leonardo DiCaprio
Les "fossoyeurs
Il faut d'abord signaler le rôle décisif de
Robert Aldrich dans le "dynamitage" des codes du western (comme il
le fit pour d'autres genres) avec la sortie de Vera Cruz en 1954. Le
cynisme et l'ambivalence de nombre de westerns crépusculaires comme
de leurs cousins "spaghetti" proviennent en grande partie de ce film
où Burt Lancaster arbore un sourire d'une blancheur aussi parfaite
que son âme est noire.
1969 : La Horde sauvage (The wild bunch)de Sam
Peckinpah avec William Holden, Robert Ryan, Warren Oates, Ernest
Borgnine. La violence congénitale de l'Amérique et le désarroi de
ceux qui la portent face à l'irruption de la modernité
(l'automobile) qui signe la fin irrémédiable des cow-boys.
1971 : John McCabe de Robert Altman avec Warren
Beatty, Julie Christie. Des aventuriers minables (joueurs de cartes,
maquereaux...) qui renversent l'épopée fordienne.
1973 : Pat Garrett et Billy the Kid de Sam
Peckinpah avec Kris Kristofferson, Bob Dylan, James Coburn.
1980: La Porte du diable (Heaven's gate) de
Michael Cimino, avec Kris Kristofferson et Isabelle Huppert. Un film
qui montre comment l'Amérique s'est constituée de violence et de
racisme sous fond émergent de lutte des classes.
1992 : Impitoyable (Unforgiven) de et avec Clint
Eastwood
Western est par ailleurs un road movie français
de Manuel Poirier sorti en 1997.
Bandes
dessinées
On compte aussi de nombreuses bandes dessinées
dont l'action se situe à la même époque et qui peuvent donc se
rapporter au genre western. il est à noter que nombre d'entre elles
s'inspirent directement de westerns qui leur sont antérieurs :
La série Lucky Luke, par Morris. Conçue comme
une parodie, la série des Lucky-Luke caricature à l'extrême certains
films ou personnages. Ainsi Le Juge Roy Bean est déjà présent dans
The Westerner de William Wyler (1937) où l'on voit d'ailleurs du
whisky versé madroitement dissoudre le métal d'un bar (gag fréquent
chez Morris). En remontant le Mississipi s'inspire du film de John
Ford Steamboat round the bend (1935), tout comme Des Barbelés dans
la prairie prolonge la trame de L'Homme qui n'a pas d'étoile (Man
without a star) de King Vidor (1954) ; Dalton city reprend l'idée
d'une ville tenue par des hors la loi pour des hors la loi présente
dans Kansas en feu de Ray Enright (1950). Dans La Diligence, le
prêcheur dissimulant des révolvers dans sa bible doit beaucoup au
Robert Mitchum de Five card stud (Henry Hathaway, 1968). La reprise
la plus célèbre est celle de Phil Defer où le tueur incarné par Jack
Palance dans Shane est presque plus ressemblant que l'original.
La série Comanche, par Hermann et Greg ;
La série Buddy Longway, par Derib, qui affiche
une évidente parenté avec Jeremiah Johnson ;
Le tome 1 de la série Lapinot, Blacktown, par
Lewis Trondheim ;
La série Blueberry, par Jean-Michel Charlier et
Jean Giraud. Dès le début de la série, l'inspiration du western
hollywoodien est visible, du personnage de Quanah qui ressemble fort
à L'Aigle solitaire (Drumbeat) incarné par Charles Bronson dans le
film de Delmer Daves (1954) jusqu'au scénario de Rio Bravo qui
sous-tend L'Homme à l'étoile d'argent. La série consacrée au cheval
de fer s'inspire de Seul contre tous de Jesse Hibbs (Rails into
Laramie, 1954), tandis que celle qui culmine avec Ballade pour un
cercueil compile des influences aussi diverses que John Sturges (Le
Trésor du pendu - The Law and Jack Wade, 1958), Sam Peckinpah (Major
Dundee, La Horde sauvage) et... le western spaghetti ;
La série Bouncer, par Alejandro Jodorowsky et
François Boucq ;
La série Hiram Lowatt & Placido, par
Christophe Blain et David B..
Les Tuniques bleues, par Lambil & Cauvin